L’Europe en retard

« La première raison, c’est que ce sont des marchés avec des cartes de type prépayé et des offres très concurrentielles, donc les gens se ruent sur les promotions et changent souvent d’opérateur. Ensuite, alors que le prix est le même en France que vous appeliez Free ou Orange, ici les coûts varient selon les opérateurs », explique Tariq Ashraf, consultant chez BearingPoint. A quoi s’ajoute une qualité du réseau moins homogène que dans les pays développés, d’où la nécessité de pouvoir passer d’un opérateur à un autre assez facilement.
Samsung, Huawei ou encore Lenovo s’y sont mis. Apple, en revanche, est totalement absent de ce marché. En France, le premier à s’être engagé sur le terrain de la double-SIM est le constructeur Wiko, marque tricolore passée sous pavillon chinois en 2012. « Quand on s’est positionné sur le marché en 2011, il était détenu par les opérateurs qui ne voient pas la double-SIM d’un bon œil. Donc pour nous, le but était de vendre à un utilisateur, pas à un opérateur », commente Guillaume Treves, directeur de la formation chez Wiko.
Depuis, la situation n’a pas beaucoup évolué dans les boutiques des principaux opérateurs. Quelques coups de fil suffisent pour vérifier qu’ils sont encore rares à proposer des appareils double-SIM. « Ce sont peut-être des problèmes de stock », tente d’expliquer un vendeur. En réalité, la raison est « historique », affirme Yves Maitre d’Amato, vice-président exécutif de la branche objets connectés et partenariats chez Orange. « Il y a cinq ans, on donnait gratuitement le terminal et, en contrepartie, le client n’avait pas le droit de changer d’opérateur. Tous les pays développés en Europe et ailleurs se sont basés sur cette stratégie-là, avec une offre mono-SIM, alors que les pays où on achetait les téléphones, dont l’Inde, l’Indonésie ou la Chine, sont passés en multi-SIM ». Un statu quo qui profite aux opérateurs?
« S’il y a une très forte demande de smartphones double-SIM, on y répondra, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui », rétorque Yves Maitre d’Amato, qui confie tout de même qu’Orange s’essaye à la double-SIM en Espagne. « Il est difficile de connaître le pourcentage d’utilisateurs qui ont une appétence pour la double-SIM », nuance Guillaume Treves. Ces terminaux continuent donc d’investir l’e-commerce, les grandes enseignes et les boutiques indépendantes. Un « open market » qui représenterait entre 30 et 50 % des ventes de smartphones en France.